Colloque International, Institut Français d’Egypte, 2-3 décembre 2017

Y eut-il, aux différentes époques de l’histoire égyptienne, une frontière occidentale clairement définie ? Comment la zone peu ou prou censée délimiter l’espace égyptien était-il perçu, et vécu, par les détenteurs du pouvoir central comme par les populations qui y vivaient ou y nomadisaient ?

Autant les frontières sud, nord et est de l’Égypte ne posent a priori guère de problème de définition et ont d’ailleurs souvent fait l’objet d’une forte médiatisation par le pouvoir, autant la possible frontière occidentale semble beaucoup plus floue. Il est vrai que pendant toute une partie de l’histoire antique, la faible densité de population du désert occidental et sa dangerosité limitée pour le pouvoir égyptien, n’ont guère incité à définir, renforcer, défendre une quelconque limite occidentale. Cette situation change nettement à partir de l’époque ramesside et les populations nomades ou semi-nomades deviennent alors une préoccupation et un danger récurrents. L’émergence de la dynastie saïte, originaire du delta occidental, place la région dans une dynamique nouvelle, qui est à la fois celle d’une frontière avec le monde grec (la cité de Cyrène) et d’un front pionnier, dont le pouvoir central pharaonique entend contrôler et exploiter les ressources. Cette dynamique préfigure la mise en valeur de ces territoires sous les Ptolémées, encore mal connue. Enfin, à l’époque impériale, l’intégration de l’Égypte à la Libye romaine pose la question même de l’existence d’une frontière occidentale de l’Égypte, alors même que pendant l’Antiquité tardive, la réapparition dans les sources des incursions nomades dans la Grande Oasis démontre qu’elle demeure un enjeu. L’enjeu perdure, après la conquête arabe, qui marque le rattachement de l’Égypte à l’islam. L’Égypte est alors progressivement intégrée à un immense empire, dont elle devient un des centres, après le Xe siècle. Les savants musulmans – en particulier les tenants de l’école topographique égyptienne – tentent alors de dessiner les contours d’une Égypte certes vue comme relativement unifiée, mais aussi comme un pont – commercial et humain – entre l’Orient et l’Occident musulman. A première vue, l’Égypte, où le pouvoir est installé sur le Nil, paraît surtout tournée vers l’Orient. Pourtant, les liens qui l’unissent à l’Occident ne se distendent pas. L’espace qui, à l’ouest, la relie au Maghreb et à l’Afrique noire, n’est-il d’ailleurs pas perçu comme flou et mal délimité, par les savants égyptiens comme par les détenteurs de l’autorité centrale ? Tout au long du Moyen Âge, il demeure une zone de passage, certes source d’enrichissement, pour les maîtres du commerce et pour l’État, lorsqu’il parvient à lever l’impôt. Mais il semble aussi perçu comme un danger, pour un pouvoir conscient que son immensité, l’éloignement du centre cairote, l’affirmation ponctuelle de pouvoirs locaux et la nomadisation continue des tribus, ne pouvaient que menacer son autorité.

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